11.02.2008

Démarche / Approach

 

Approach

I try out various techniques (engraving, installation, object dress) and I choose my raw material among what daily life or chance has to offer, with a preference for what is reminiscent of moultings, sloughings, chrysalises, carapaces or shells. Exploring the relationship between the body and the sheath I give dancers sculptures which are ready to be worn, inhabited, given life to. They embrace or suffocate the body but they are completely handed over to the performer who gives them a second life. The performances are not shows to watch from beginning to end, they are small parts without start nor end, like living pictures one can stop and watch for a while.

Performances, engravings, and installations appear like mutating reshapable environments. To be worn or simply touched, my objects try to establish human links. They put desire or frustration into play while bringing childhood fantasies up to date.

I like to come in where visual art is not expected (shop windows, walkways, gardens, etc.): that’s when confusion may occur enabling a more spontaneous confrontation with the world.

“What do dreams wear? Marie-Noëlle Deverre’s sometimes dress in fabulous outfits of fairy-tale heroines. The clothes meticulously made of unlikely material are like organic sheaths that some fantastic chrysalises have just left behind. One could almost detect the heat and fragrance of their freed bodies. The supernatural fabric can only cover beings of the same nature… Yet, Marie-Noëlle Deverre integrates her work into choreographies, and manages to bring about what’s impossible. It is the dancer who has to submit to the requirements of the folds and harshness of the material. Oppressed or captive, legs, arms, chests and necks have to think new moves for themselves compatible with the armour of tape or knitted brass. The price to pay to get into the dimension of the dream is to slip inside those sculptures. As a visual artist, Marie-Noëlle gives a body to the dream. She creates clothes for fantasised and immaterial beings, but she also knows how to be a stage director for her creations. The performance called “And as she was sewing and watching the snow fall” became a daily occurrence where Snowwhite’s mother’s train was slowly spreading out until it totally covered the exhibition site. To contradict the static nature of the show, visitors were forced to walk upon the ground where the ficticious snow of this ceremonial fabric laid, letting out words in their silent dance. But a dream always calls for another with Marie-Noëlle Deverre and it systematically predicts artistic crystallization in the making."  René Guyomarc'h, journalist, writer.

J'expérimente des techniques variées (gravure, installations, costumes-objets) et choisit mes matières parmi celles que m'offre le quotidien ou le hasard, avec une prédilection pour ce qui rappelle les mues, les chrysalides, les carapaces ou les coquilles. Explorant les relations du corps à l’enveloppe, je propose à des danseurs des sculptures prêtes à porter, à habiter, à mettre en mouvement ; elles accueillent ou oppressent le corps mais sont livrées entièrement au performeur qui lui confère une deuxième vie. Le soumettant parfois à des obligations sournoises ou à des règles du jeu fantaisistes ou absurdes, elles lui permettent cependant d’élaborer de nouvelles formes de libertés...Ces performances ne sont pas des spectacles à regarder d’un bout à l’autre, mais de petites pièces sans début ni fin, comme des tableaux vivants devant lesquels on peut s’arrêter un moment.

Performances, gravures ou installations ("Je ferai un crochet pour vous voir" , "En attendant le bain de mer" , "Serre-moi cerf" !…) apparaissent comme des univers en  transformation, remodelables. Les projets s'interpénètrent ou se recyclent pour donner naissance à de nouvelles productions. A porter ou simplement à toucher mes objets cherchent à établir des liens humains et mettent en jeu le désir ou la frustration, tout en réactualisant des fantasmes d’enfance.

J’aime intervenir là où l’art plastique n’est pas attendu (vitrines de magasins, lieux de passages, jardins, etc…) : alors s’opèrent certaines confusions qui permettent une confrontation plus spontanée avec le monde.

 "De quoi sont habillés les rêves ? Ceux de Marie-Noëlle Deverre revêtent parfois les habits merveilleux des héroïnes des contes de fée. Et curieusement ces vêtements minitieusement exécutés dans des matières improbables sont comme la preuve tangible du passage terrestre de créatures oniriques. Comme les enveloppes organiques que quelques chrysalides fabuleuses viennent tout juste d'abandonner. On y décélerait presque la chaleur et les fragrances de leurs corps affranchis. Ces étoffes surnaturelles ne peuvent vêtir que des êtres qui le sont tout autant... Pourtant, Marie-Noëlle Deverre intégre sont travail à des chorégraphies ( "A vol d'oiseau" de Jean Ribault ) et parvient à matérialiser l'impossible. et c'est le danseur qui doit se soumettre à l'exigence du pli et à la rigueur du matériau. Oprimés ou captifs, les jambes, les bras, le torse et le cou doivent s'inventer une nouvelle gestuelle compatible avec l'armure de scotch ou de laiton tricoté. Le prix à payer pour pénétrer dans la dimension du songe, c'est de se glisser à l'intérieur de ses sculptures. Plasticienne, Marie-Noëlle travaille le rêve au corps. Elle est la costumière d'êtres fantasmés et immatériels mais elle sait également être le metteur en scène de ses créations. "Et tandis qu'elle cousait ainsi et regardait neiger" s'est transformé en un happening quotidien où la traîne de la mère  de Blanche Neige s'est étalée progressivement jusqu'à recouvrir totalement le lieu d'exposition. Pour contrarier le caractère statique du spectacle, les visiteurs, priés de fouler ce sol où reposait la neige fictive de ce tissu d'apparat, y abandonnaient des mots dans une danse silencieuse. Mais chez Marie-Noëlle Deverre, un rêve en annonce toujours un autre et il est systèmatiquement prémonitoire d'une cristallisation artistique en gestation."

René Guyomarc'h, journaliste, écrivain.